Kenji Miyazawa

- ses oeuvres et les arts paysants

Kenji Miyazawa (le 27 août 1896 – le 21 septembre 1993) est poète japonais, auteur de contes pour enfants et guide d'agriculteurs. Pendant toute sa vie où il a tiré le rideau à 37 ans, sa passion qui jaillissait de son esprit stoïque et du grand romantisme correspondant avec l'univers ne tarissait jamais. Il a vécu ses idées et s'est consacré entièrement à la réalisation de ses idéaux.


Kenji Miyazawa et la littérature

Les principales œuvres de Kenji Miyazawa sont composées de poèmes et contes pour enfants. Le caractère commun de ces œuvres, c'est la finesse extrême de la vue et de l'ouïe.


1.  Le caractère bédouin de Kenji et son influence sur ses œuvres.

Kenji avait ce caractère bédouin de vivre avec la nature. Les Bedouins qui vivent dans l'environnement très difficile comme désert ont l'ouïe et la vue très fines et très développées. Tout cela a pénétré leurs idées et culture. Ils ont la finesse de la vue qui ne laisse échapper rien et l'esprit de respecter absolument l'existence telle qu'elle est, d'où cette richesse de mots arabes.


Le Coran né de ce peuple est avant tout visuel et auditif. Le Coran qui a toujours beaucoup de croyants se comprend vraiment dans la langue arabe. Les intellectuels européens comme C.R. North remarquent ce caractère.


Dans les œuvres de Kenji Miyazawa, nous pouvons remarquer cette finesse aiguë de la vue et de l'ouïe. Le son du vent, le bruit de la forêt, le murmure de fleurs et d'herbes... Le sens que nous sentons par les cinq sens avant les paroles, les expressions de Kenji nous font le sentir et vivre avec un réalisme. Ce caractère bédouin de Kenji, c'est-à-dire la finesse aiguë singulière vient de l'environnement de la grande nature mais sévère de Iwate-ken où Kenji est né et a vécu sa vie.


Iwate-ken se trouve dans la région de Tohoku et entouré de la mer et de montagnes. Dans cette région Kenji se passionnait de la collection de minéraux, d'insectes, de végétaux et de constellation céleste. Ainsi sa famille et ses amis l'appelaient « Kenji la Pierre 石っこ賢さん».


Mais l'environnement naturel d'Iwate-ken que Kenji aimait tant n'était pas toujours doux avec les habitants. Plusieurs grandes catastrophes naturelles ont frappé Iwate-ken. Récemment le grand tremblement  de terre de l'Est du Japon a laissé des ravages de tsunami à Iwate-ken.


Avant la naissance de Kenji, la catastrophe du tremblement de terre et de tsunami de Sanriku (le 15 juin 1896) a eu lieu. Tout de suite après sa naissance, c'est la catastrophe du tremblement de terre de Rikuu (le 31 août 1896). A l'âge de 10 ans et de 17 ans, Iwate-ken a subi aux ravages causés par froid qui a provoqué la grande famine du Nord-Est du Japon. Devant une grande force dépassant la capacité humaine, Kenji a grandi en sentant le désarroi et l'angoisse des adultes. Cette nature sévère et le sentiment de crise devant cette nature ainsi que le mystère de cette grande force ont cultivé cette finesse auguë et singulière de la vue et de l'ouïe de Kenji.


C'est ce qu'on voit tout de suite dans les œuvres lorsque l'on aime Kenji et c'est un des éléments qui continuent de charmer les lecteurs. 



2. Le bouddhisme de Kenji et son influence sur ses œuvres

Sa finesse aiguë et singulière de la vue et de l'ouïe n'est pas exactement celle des Bédouins. A part ces caractères bédouins que l'environnement naturel très sévère lui a cultivé, Kenji a formé une conception très spécifique de l'univers fondée sur le bouddhisme qu'il a continué de croire de son enfance jusqu'à sa mort.


Le bouddhisme est profondément enraciné dans la culture japonaise. Bien qu'ils n'en soient pas conscients, les Japonais pratiquent et exécutent divers actes du bouddhisme comme leur coutume.  


Mais Kenji était un bouddhiste avec piété profonde. C'était une influence de sa famille. Sa famille était très croyante de Jodo-shinshu (*1), une des branches du bouddhisme japonais. Depuis son enfance sa tante lui a appris des prêches de Jodo-shinshu comme berceuse. A l'âge de 3 ans, Kenji les a appris par cœur. Son père organisait la réunion d'études du bouddhisme et Kenji y participait depuis l'âge de 10 ans.


A l'âge de moins de 20 ans, Kenji a déjà lu les principaux livres de Jodo-shinshu (par exemple, Tannisho, Myohorengekyo en chinois et japonais etc...) et en était très touché. Après, pour le problème de chemin de la vie à prendre, Kenji s'opposait à son père. A l'occasion de la maladie de sa sœur Toshi, Kenji a converti de Jodo-shinshu à Kokuchu-kai (**2), une des branches de Nichiren-shu.  


On dit que c'est cet esprit du dévouement de Hokekyo chez Kokuchu-kai qui est la base de ses œuvres. La philosophie des arts et de la littérature de fondateur de Kokuchu-kai, Chigaku Tanaka qui est « Prêcher par les arts, c'est les vrais arts. » a incité Kenji à écrire.


Mais l’esprit du dévouement de Kenji n'est pas fondé uniquement sur les prêches de Kokuchu-kai. C'est l'inéluctable depuis son enfance. La famille de Kenji avait une maison de prêt sur gage et friperie. Ainsi Kenji voyait depuis son enfance les gens pauvres vendaient des meubles et ustensiles à sa maison pour gagner peu de moyens de vivre. Le contraste de la vie confortable et la misère des paysans de sa région tourmentait beaucoup Kenji. Ce serait le même tourment qu'Albert Schweitzer sentait à son enfance. Comme Schweitzer, c'est ces mémoires et bouleversements qui ont formé les caractères de Kenji. Le penchant pour Kokuchu-kai, le mouvemet comme guide d'agriculteurs, tout cela est profondément lié à la culpabilité, au chagrin douleureux de l'inégalité et à l'absurdité de la vie qu'il sentait depuis son enfance. Son dévouement est une expression de ces sentiments.


Note

*1. Jodo-shinshu - La vie et les idées du fondateur Shinran sont décrites vivement dans « Le bonze et ses disciples » de Hyakuzo Kurata. Romain Rolland disait de Shinran : Comme un intermédiaire humain et bienveillant entre les hommes et l’infini, Shinran a pris la suite de son maître Honen et approché le ciel et la terre pour que tout le monde puissent jouir de la grâce de Bouddha.

**2. Kokuchu-kai - Kokuchu-kai est une organisation fondée en 1884 par un ancien bonze de Nichiren-shu, Chigaku Tanaka. Il a prêché la réforme et la modernisation de la religion traditionnnelle dont il ne restait plus que l’apparence. Cette organisation a une influence forte de shintoïsme et est connue comme la droite de religion. Kenji a adhéré à cette organisation après avoir écouté le discours de Tanaka et restait jusqu’à sa mort croyant de Kokuchu-kai avec une piété profonde.  



3. La méthode d'expression des œuvres de Kenji

Dans les œuvres de Kenji sont exprimés la finesse aiguë et singulière de la vue et de l'ouïe que cet environnement de la nature lui a apportée et le sens qui le lie à la force suprême dépassant l'individu par le bouddhisme depuis son enfance.


Kenji exprime tout cela en combinant adroitement le japonais standard, le dialecte de Iwate, son village natal, la langue étrangère comme l'allemand, l'anglais, l'espéranto puis les mots bouddhistes et scientifiques.


Ces mots et onomatopées propres à Kenji éveillent notre sens et sonne avec un réalisme surprenant.


Taijiro Amasaka, poète et savant de la littérature française, chargé de la révision des œuvres de Kenji dit : A la classe de dexuième et troisième année de l'école primaire, j'ai lu les principaux contes pour  enfants de Kenji. J'ai réfléchi sur le charme que ses contes exerçaient sur moi. C'est le charme de la voix. J'entends la voix extrêmement charmante. C'est une voix verte foncée de l'univers bleu foncé. Je pense que c'était une voix irremplaçable.


Comme Amasawa le dit, les œuvres de Kenji est la voix, la vision et l'image qui nous serrent. Pourquoi ?


Les poèmes de Kenji sont en réalité ce que Kenji n'a jamais écrit comme poème (***3). Il les appelle « image intérieure ». Son célèbre « Le printemps et Asura » n'est pas une exception. De ces poèmes célèbres aujourd'hui, Kenji dit que ce sont des écrits scientifiques tels qu'ils sont pour son travail de la psychologie.


Qu'on les appelle poèmes ou non, ce que nous y lisons, c'est que les œuvres de Kenji sont  ce que Kenji a senti avec ses sens fins et aigus de la vue et de l'ouïe, la voix intérieure, la vision et l'image eux-mêmes rien d'autres. Kenji a écrit l'image intérieure avec une vitesse extraordinaire en parcourant les champs et montagnes avec un carnet et un crayon. Aux yeux de Kenji qui avait une compréhension large et profonde du bouddhisme et des sciences, l'univers n'était pas divisé en parcelles même en passant par les pensées scientifiques. Ainsi ses paroles ne divisent jamais l'univers, à fortiori ne déchirent jamais l'univers. Avec ses expressions magiques, il nous rend possible de nous promener librement dans la réalité, la conscience, l'inconscient, l'univers, le monde d'avant division.


Comme l'arabe rend le Coran vivant, le Japonais rend les œuvres de Kenji vivantes. Il est fort souhaitable de lire les œuvres de Kenji en japonais.


Note

***3- Kenji a écrit à Saichi Mori, un de ses peu d’amis :

« Le printemps et Asura » publié à compte d’auteur puis ce que je continue d’écrire aujourd’hui, tout cela n’est jamais des poèmes... ce sont des croquis sommaires de l’image intèrieure que je note à chaque occasion sous diverses conditions, si la circonstance me le permet, pour mon travail de la psychologie que je souhaite d’achever de tout mon coeur. » A la même époque il a écrit dans une lettre adressée à Shigeo Iwanami : « J’avais toujours une impression bizarre concernant l’histoire depuis 67 ans et ses documentations puis l’espace que nous sentons... J’ai noté ce que je sentais tel qu’il était de façon scientifique pour l’approfondir plus tard. Une partie de ces notes a été publiée au printemps de l’année dernière, malgré mon habitude... Le poème, je le connais. Mais je n’étais pas content de voir ce que j’avais noté strictement tel qu’il était parmi les débris d’antan.》




Kenji Miyazawa et l'agriculture

C'est à l'Ecole de l'Agriculture à Hanamaki , où il a passé cinq ans comme professeur depuis l'âge de 25 ans, que Kenji a commencé à avoir la fréquentation plus dense avec les agriculteurs.


Au Lycée National d'Iwate (****4) ouvert dans l'Ecole de l'Agriculture de Hanamaki, les jeunes agriculteurs se rassemblaient et étudiaient en vivant ensemble. Kenji y était chargé de la matière « les arts paysans », d'où son traité « Le traité des arts paysans » est né. Pendant cinq ans à l'Ecole d'Agriculture de Hanamaki, Kenji a mené sa vie à son aise . A commencer par la chanson spirituelle qui est une sorte de l'hymne de l'Ecole de l'Agriculture, Kenji a écrit et composé beaucoup puis il a écrit aussi des pièces du théâtre qu'il a fait jouer aux élèves. Cette période était pour Kenji une des périodes les plus riches d'événements et de profondeur.


Ferme Koiwai

@ Ferme Koiwai d'aujourd'hui.

Kenji aimait cette ferme et le paysage d'eviron. Il en a écrit beacoup d'oeuvres.



Après, il a quitté le poste de professeur à l'âge de 30 ans. Il avait plusieurs raisons. Une de ces raisons était ce conflit intérieur qu'il menait une vie de salarié bien qu'il prêche la splendeur de la vie d'agriculteur. Ainsi, il a commencé sa vie solitaire à Shimonekozakura Hanamaki-cho et cultivait le champ et défrichait un terrain, ce pour devenir lui-même un vrai paysan .


De là sa vie qui continuait de chercher l'idéal de sa vie réélle a commencé pour sept ans.


En même temps que son travail d'agriculture, Kenji a ouvert un bureau du plan d'engrais dans le village et dans de proches régions. Il a accepté la consultation sur le plan d'engrais et donné des conférences sur l'agriculture dans des villages proches. Il a donné aussi les cours de l'agriculture et des arts. Il a aussi ouvert le cours privé appelé « Rasuchijin-kyokai » (*****5) chez lui.


Pendant la journée il travaillait comme un agriculteur dans le champ et le soir il rassemblait chez lui de jeunes agriculteurs et ses anciens élèves pour leur donner les cours des sciences, de l'espéranto, des techniques agricoles et des arts paysans. Il organisait aussi la séance pour écouter les disques musicaux et la réunion de déclamation de contes pour enfants. Il a aussi essayé de monter un orchestre de paysans et lui-même a travaillé beaucoup avec violoncelle. Sa passion est telle qu'il est allé à Tokyo pour apprendre lui-même, à part violoncelle, l'orgue, l'espéranto, la machine à écrire, ce pour développer ses activités avec paysans aux cours privés chez lui. Son but était d'élever la vie quotidienne de paysan au niveau des arts en pratiquant son « Le traité des arts paysans ».


Il parcourait partout pour réaliser sa philosophie et ses idéaux mais a rattrapé la pneumonie aiguë à l'âge de 32 ans. Depuis lors, il restait souvent au lit mais a continué son agriculture et l'éducation pour les agriculteurs jusqu'à l'âge de 35 ans où il a été obligé de se soigner chez sa famille. Il a continué sa création artistique et littéraire jusqu'à sa mort. Le très célèbre poème « Malgré la pluie » est des paroles qu'il a écrites cloué au lit dans son carnet deux ans avant sa mort. La façon idéale de vivre la vie d'agriculteur d'après Kenji est décrite de façon vivide dans ce poème.


Kenji a écrit un conte pour enfants entitlé « La place de Polano ». L'histoire se déroule à l'utopie dit « Ihatov » que Kenji imaginait dans son cœur. Des enfants qui ont rencontré par hasard le protagoniste partent pour chercher « La Place de Polano » que le récit ancien raconte. « La Place de Polano » est une fête qui apparaît soudain la nuit dans un vaste champ de Ihatov. C'est une place magique où tout le monde chantent et dansent. A la fin du conte, il y a cette conversation :


-Oui, nous avons fait tout pour trouver cette Place de Polano. Mais lorsque nous y sommes arrivés , il s'est avéré qu'il s'agissait de la réunion arrosée pour l'élection. J'ai toujours l'impression que la vraie Place de Polano existe quelque part.  


-Mais  justement pour cela, essayons de créer notre Place de Polano nous-mêmes.


-Oui, créons notre Place de Polano où nous puissions chanter et respirer le vent pour avoir le dynamisme et l'espoir pour continuer notre travail de demain joyeusement. Ce ne sera pas cette Place de Polano lâche et misérable où l'on trompe soi-même.


-Je pense que nous pouvons y arriver. Parce que nous en avons les idées maintenant. Le monde que Kenji a essayé de réaliser avec des paysans, sa passion et ses idéaux dans le cœur et en parcourant partout comme un vrai agriculteur depuis l'âge de 30 ans, c'est peut-être cette Place de Polano.


Note

****4  Lycée National d'Iwate -C’était un système de l’éducation sociale introduit avec le modèle du lycée national de Danemark. Les jeunes de plus de 18 ans qui ont l’ambition de travailler pour la politique de collectivités locales étaient admis à cette ecole et êtudiaient en vivant ensemble en autonomie.

*****5 Rasuchijin-kyokai -Kenji a commencé ces cours privés au mois d’avril 1926 avec ardeur. Mais les vieillards conservateurs du village ne comprenaient pas ses idées et l’éducation pour les jeunes devenait l'objet du contrôle de la police. Ainsi Kenji était obligé d’abandonner ces cours privés moins d'un an après.




Si les oeuvres de Kenji Miyazawa vous intéressent, vous pourrez commencer par quelques petits livres emblématiques.


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